Les Mondes de Clèm: Sarbacane
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jeudi 24 août 2017

La Fourmi Rouge – Émilie Chazerand


Dans la vie de Vania Strudel, 15 ans, rien ne semble aller correctement. Elle a une paupière à moitié fermée à cause d'un ptosis, un père taxidermiste, une meilleure amie qui a une maladie qui la fait sentir mauvais... Entre autres. Cette année, elle rentre en seconde. Et chaque chose qui lui arrive semble pire que la précédente.

Je ne savais pas tellement à quoi m'attendre avant d'ouvrir ce roman. Je dois dire que j'ai été très agréablement surprise ! Dès les premières pages, nous découvrons la vie de Vania Strudel, telle qu'elle veut nous la décrire. Ou plutôt, de la manière dont elle pense que sa vie est. C'est un personnage qui se sent mal aimé par la chance, avec un caractère de cochon et qui se qualifie elle-même de minable.

Vous vous dites donc, si cette Vania est aussi désagréable, pourquoi est-ce que son histoire vaudrait la peine d'être lue ? C'est très simple : parce que. Non, ce n'est pas une vraie réponse, c'est vrai. Je vais donc tenter de vous l'expliquer autrement...

Comme le dit un de ses professeurs : « T'es une sorte de paratonnerre humain. T'attires les emmerdes comme personne d'autre. » Et c'est vrai. Mais dans sa maladresse et dans ses faiblesses, Vania est en réalité pleine d'humour et très attachante. Elle nous réserve aussi beaucoup de surprises ! Tout au long de la lecture, certains points sont abordés comme si le lecteur le savait. On ne peut que remarquer qu'il semble y avoir un problème à tel endroit, que des explications doivent manquer... Avant de les avoir quelques pages plus loin. Et "quelques pages", c'est parfois une bonne partie du livre. J'ai adoré cette manière de dévoiler les informations, apportant parfois de jolies surprises. On se pose des questions, on essaie de deviner, on cherche. Des indices se rajoutent au fur et à mesure, on croit avoir compris quelque chose... Puis l'explication vient tout bousculer. En tout cas, c'est le cas lorsque Vania nous cache des informations. Parce qu'il m'est arrivé plusieurs fois de deviner des choses qu'elle ne veut pas voir, bien avant elle ! Ce n'est absolument pas gênant, au contraire.

J'ai adoré rencontrer les personnes qui font partie de l'univers de Vania. Son meilleur ami Pierre-Rachid, dit Pierach, sa meilleure amie Victoire, son père taxidermiste, Rachel la voisine du dessus et son père qu'elle garde en papy-sitting... Même Charlotte Kramer, la pétasse insupportable ! Tous ont une vraie part d'originalité et ont sû me toucher, à leur manière.  

Malgré le regard de Vania plein de cynisme sur son monde, l'histoire est extrêmement légère. Tout du moins, en surface. Les sujets profonds ne sont jamais bien loin, rappelant souvent que rien n'est tout blanc ou tout noir. Comme dirait notre cher Sirius Black : « Le monde ne se divise pas entre braves gens et Mangemorts. » Même s'il n'y a pas de Mangemorts dans ce livre. Mais bref.

Si vous cherchez une lecture agréable pour la fin de l'été, pour vous détendre ou pour tout autre chose, ce roman est pour vous. En plus d'être facile à lire, il est aussi extrêmement addictif. En l'ayant commencé dans l'après-midi, si je n'avais pas dû m'arrêter de lire à 18h30 hier, je l'aurais terminé dans la journée.

Je ne peux donc que vous conseiller La Fourmi Rouge, qui saura vous toucher à coup sûr. Une très chouette histoire, légère, qui aborde tout de même les sujets profonds du changement et de l'acceptation ; que cette acceptation soit de soi-même, des autres ou bien du passé.

vendredi 23 juin 2017

Clémentine Beauvais, auteure et traductrice

Clémentine Beauvais au festival du livre jeunesse de Cherbourg 2016

Clémentine Beauvais a écrit de nombreux romans jeunesse, dont Les petites reines et Songe à la douceur, que j'avais particulièrement adoré (collection Exprim', éditions Sarbacane). Tout récemment, elle vient de traduire Inséparables, de Sarah Crossan, qui est paru aux éditions Rageot. C'est un roman en vers magnifique, qui m'a réellement touchée. Pour en savoir plus, rendez-vous ici. Clémentine Beauvais a accepté de répondre à mes questions, à propos du roman et de la traduction en général...

Comment t'es-tu retrouvée traductrice d'Inséparables ? Est-ce que tu as demandé à le faire ou bien est-ce l'éditeur qui t'a contactée ?

Bonne question ! Un peu des deux. C’est une histoire assez marrante. En fait, Murielle Coueslan de chez Rageot m’a contactée en disant « Clémentine, tu connais Sarah Crossan ? Elle écrit des romans en vers, on hésite à en acheter… » Evidemment, je connaissais très bien Sarah dont j’étais assez fan, et donc j’ai répondu en disant « Achetez-les !!! Et est-ce que je peux faire un essai de traduction… ? » et c’est comme ça que ça s’est fait.

Est-ce ta première traduction ?

En fait non, car j’avais déjà traduit mon propre roman Les petites reines en anglais (Piglettes, chez Pushkin, juillet 2017). J’avais aussi fait de petits boulots de traduction dite ‘pragmatique’ ( = traduire des sites web, etc.) et puis quand j’étais ado, j’ai été pendant plusieurs années traductrice anglaise-française du site de fans d’Harry Potter Mugglenet.com…

Comment as-tu découvert le roman et qu'est-ce que tu as aimé dedans ?

J’ai découvert le roman à sa sortie en Grande-Bretagne, mais je connaissais déjà Sarah avec ses deux romans précédents, The Weight of Water et Apple and Rain, que j’avais adorés. J’avais aussi lu ses romans dystopiques. Ce que j’adore dans l’écriture de Sarah c’est que c’est extrêmement simple, limpide, tendre, mais profond. Elle est toujours dans la retenue et le non-dit. C’est une écriture très élégante.

L'as-tu lu plusieurs fois avant de commencer la traduction ?

Deux fois seulement : une fois à sa sortie, sans savoir donc que j’allais le traduire, et une deuxième fois quand Rageot m’a officiellement proposé de le faire. La traduction a été ma ‘troisième’ lecture.

Généralement, les traducteurs ne sont que très peu connus, parce qu'ils n'ont pas "écrit" le roman. Certes, ils n'ont pas écrit l'histoire en elle-même, mais je pense que le style d'écriture du traducteur joue un rôle indéniable dans le livre final. Ce sont eux qui ont la lourde tâche de choisir les bons mots, les bonnes expressions... Ce qui est aussi ce qu'un auteur fait. Qu'en penses-tu ?

C’est d’autant plus le cas en jeunesse. Mais la situation évolue, je crois qu’on s’avance vers une plus grande reconnaissance de la traduction pour enfants et adolescents comme travail véritablement littéraire, et pas seulement comme une simple opération de transfert. En théorie de la traduction, il y a beaucoup d’appels à laisser tomber l’expression ‘texte original’, qui signifierait qu’il y aurait un ‘vrai’ texte et puis ses ‘dérivés’, les traductions. Il faut envisager la traduction comme un acte de création littéraire à part entière. Il est très clair que, même pour des langues proches, l’on ne pourra jamais que ‘dire presque la même chose’, d’après l’expression célèbre qui a donné son titre à un livre d’Umberto Eco sur la traduction.

Il faut aussi remettre en question la tentation de penser que toute personne qui parle à peu près deux langues est d’emblée capable d’être traducteur. Il est évident qu’il faut aussi des capacités d’écriture mais aussi, je pense, des capacités de réflexion métalinguistiques, c’est-à-dire une réflexion sur le langage et les langues. Il faut être assez passionné par ce qui constitue l’écart et les zones de tensions entre deux langues. Il faut enfin une connaissance assez solide des contextes culturels et historiques.

Il faut aussi en parler aux enfants, expliquer ce que cela veut dire de traduire. Je pense que l’une des premières fois où ma conscience a été éveillée quant à la traduction a été quand je me suis aperçue des ‘modifications’ apportées par Jean-François Ménard au texte de J.K. Rowling. J’étais ultra choquée qu’il ait ‘transformé’ Hogwarts en Poudlard, Snape en Rogue, etc. J’ai partagé ma colère avec ma mère, et elle m’a expliqué pourquoi il ne s’agissait pas d’un mensonge ou d’une trahison, mais d’un travail de traduction extrêmement intelligent. J’ai eu de la chance, je pense, que ma mère en ait été consciente et ait trouvé les mots pour me le dire. Ce n’est pas du tout spontané pour un enfant ou un ado de comprendre les enjeux littéraires de la traduction. Je pense que quand on est petit/e, on est très attaché aux questions de propriété intellectuelle, de ce qui est ‘vrai’ ou de ce qui est une ‘copie’, et on n’a pas forcément les outils pour comprendre qu’il est problématique de penser la traduction avec ces dichotomies-là. Il faut de la pédagogie.

D'abord Songe à la douceur, puis cette traduction d'Inséparables. Pourquoi cette amour pour les romans écrits en vers libres ?

Je n’ai vraiment pas un amour particulier pour les romans en vers libres. C’est un genre que j’ai découvert il y a quelques années et dont certains aspects me plaisent ou m’intriguent, mais ce n’est pas mon genre ‘fétiche’ et il y a beaucoup d’autres formes littéraires que j’aime aussi. Mais cette traduction-là, comme je l’ai expliqué plus haut, ‘faisait sens’ (anglicisme !!!) dans un contexte particulier.

Est-ce que tu comptes écrire de nouveaux romans en vers libres ? Dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui dis oui :D

…non… sorry… ! J

Il est vrai que certain/es auteur/es se ‘spécialisent’ en romans en vers, mais pour moi l’écriture en vers de Songe à la douceur était vraiment liée à sa nature, à son essence. C’était un roman inspiré d’un autre roman en vers et d’un opéra. La versification était dans son ADN, pour ainsi dire. Je ne me vois pas écrire d’autres romans en vers sauf s’il me vient une idée qui exige cette forme-là.

Merci à Clémentine Beauvais d'avoir accepté cet interview et merci pour ces très chouettes réponses ! Si vous n'avez pas encore lu de ses romans ou Inséparables, lisez-les sans plus tarder. Vous ne pourrez pas le regretter !

samedi 18 mars 2017

Jungle Park - Philippe Arnaud



Éditions Sarbacane, collection Exprim'
277 pages 
Paru en mai 2016

Année 2050
L'Afrique, continent prison gardé par des drones, est devenue le dépotoir des déchets industriels occidentaux, et le lieu où l'on parachute les condamnés à mort américains.
Tony Belluin est un de ces condamnés à mort, directeur d'un parc d'attractions célèbre, injustement accusé de terrorisme. Sauvé de la mort par Jean-Baptiste, le chef d'un réseau de résistants, il accompagne celui-ci au coeur de la jungle.
Pendant ce temps, la fille de Tony découvre la preuve qu'il n'est pas mort, puis la trace des auteurs du complot dirigé contre lui...

Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en commençant ce roman et j'ai été énormément surprise par cette lecture qui change de mes habitudes.

Malgré tout, je dois avouer que cette histoire très riche m'a un peu perdue au départ. Un personnage qui s'appelle à la fois Tony et Antoine, une Joannie / Joanna / Jo / Joanne, une Séréna / Rena, difficile de s'y retrouver lorsque le même personnage a plusieurs noms ou surnoms dans un même paragraphe. La narration change aussi beaucoup de point de vue, sans préciser dès le début de qui on parle, ce qui fait que j'ai parfois dû revenir un peu plus haut pour bien comprendre le sens de ce qu'il se passait. Mais cela fait aussi une des forces du roman ! (Moi ? Contradictoire ? Jamais.) L'auteur nous glisse un grand nombre d'indices et de petits chapitres, qui perdent un peu au début. De qui parle-t-on ? Qui a envoyé ce message et de qui parle-t-il ? Mais au fur et à mesure de l'avancée dans les pages, tout prend son sens. Les personnages sont perdus dans cet univers, cherchant des réponses, le lecteur l'est tout autant. C'est une situation assez inhabituelle et désagréable pour celui qui aime tout comprendre dès le début (et j'en fais partie), mais tout vient à point qui sait attendre. Et lors du dénouement de chaque petite intrigue laissée quelques pages plus tôt, voire parfois dès le tout début, c'est une grande satisfaction pour le lecteur. J'ai aimé découvrir ce qu'il se tramait derrière l'histoire de Tony / Antoine Belluin, malgré la frustration initiale engendrée. Un conseil, n'abandonnez pas le roman si vous avez du mal, car l'histoire en vaut vraiment la peine !

Cette histoire, c'est celle de Tony / Antoine Belluin, directeur et fondateur de l'un des plus grands parcs d'attraction américains : Africaland. Il a été accusé de meurtre et a été envoyé en Afrique, comme tous les condamnés à mort. Or, il n'est pas coupable et sa fille Joannie / Jo / ..., va chercher à tout prix à savoir qu'il est encore en vie et à prouver son innocence. Sans point de vue fixe, nous alternons quand même entre l'histoire en Afrique et celle aux États-Unis. Le roman se fixe bien plus sur l'histoire et l'aventure que sur les personnages et leurs sentiments, peut-être ce ressenti est-il dû au changement de points de vue. Si ceux de Tony / Antoine et Joannie / Jo sont ceux que le lecteur retrouve le plus souvent, je les ai appréciés mais j'aurais aimé en savoir plus. Notamment sur la relation de Joannie / Jo avec sa petite soeur Myra et sa mère Ellen, qui ont été un peu mises en second plan, au profit de la meilleure amie Séréna / Rena, James le copain de celle-ci et Ethan, personnage assez mystérieux qui arrive du jour au lendemain dans leur groupe de trois.

Jungle Park est donc un roman pour les amateurs d'histoires riches, où tout s'enchaîne à une vitesse incroyable : impossible de s'ennuyer. Si vous cherchez à découvrir un nouvel univers complexe et original, lisez-le sans plus tarder !

lundi 6 juin 2016

Songe à la douceur – Clémentine Beauvais


Il y a des romans qui attendent des mois avant d'être ouverts et ceux qu'on ouvre dès les cinq premières minutes. Il y a des romans qu'on lit pour passer le temps et ceux qui nous happent alors qu'on devrait travailler. Il y a des romans normaux et il y a Songe à la douceur. Comment décrire une telle merveille ? Par quelle magie de simples mots sur des pages peuvent-ils nous faire ressentir autant d'émotions ? Je sors toute chamboulée de cette lecture, qui dépasse de loin presque tout ce que j'ai lu auparavant.

Eugène, Tatiana. Nous suivons leur histoire, découvrons leur passé. Ce qui s'est passé, ce qui n'a pas été fait et ce qu'il reste à faire. Leurs portraits se tissent au fil des pages et nous emportent dans un ouragan de sentiments. Même si j'ai tourné la dernière page il y a plus d'une heure, j'aurais envie de le recommencer. De plonger à nouveau entre ces pages, de me noyer dans des mots si magnifiquement choisis. Autant dans le fond que dans la forme, chaque page est une oeuvre d'art. Car le plus étonnant est qu'il s'agit d'un roman écrit en vers libres du début à la fin et avec une mise en page extraordinaire qui a dû demander beaucoup de travail. Je suis admirative. C'est original et on s'adapte très rapidement à cette lecture si particulière. Il y a une raison derrière la position de chaque mot et l'histoire n'en est qu'enrichie.

J'aime cette histoire, ces personnages et cette manière de raconter. Merci Clémentine Beauvais pour ces minutes de bonheur passées en compagnie de Tatiana et Eugène. Malheureusement, les pages défilent à une vitesse folle. On aimerait qu'il en reste pour toujours, que la fin n'arrive jamais et qu'il y ait toujours de nouvelles surprises. Car cette histoire d'amour, aussi belle et déchirante soit-elle, nous réserve son lot d'étonnement. Dans ces moments, on reste accrochés aux phrases. Comme si sans elles, on ne pourrait pas continuer à respirer. C'est une nécessité : il nous faut savoir ce qui s'est passé, ce qui va se passer.

Il y a dans cette histoire tellement de moments qui m'ont donné une impression de déjà-vu. Pas le moins du monde par rapport à d'autres ouvrages, mais par rapport à la vraie vie. On sourit de ces ressemblances avec notre histoire personnelle, que la poésie des phrases sublime. Ces petits moments du quotidien qui sont capturés entre les pages et que l'on revit en même temps que les personnages. J'adore.

Il y aurait tellement de choses à ajouter, mais pour vous rendre compte de la vraie beauté de Songe à la douceur, rien ne vaut le fait que vous le lisiez. Découvrez par vous-mêmes ce roman extraordinaire, qui ne pourra pas vous laisser indifférents. Je souhaite de tout mon coeur que vous l'aimiez autant que moi.

Songe à la douceur sortira en août prochain, vous pourrez en savoir un peu plus sur le site web de Clémentine Beauvais ou sur la page facebook des éditions Sarbacane

mardi 26 avril 2016

Quelle différences entre la littérature "jeunesse" et celle "pour adultes" ?

Dans le cadre de l'écriture d'un essai sur la littérature jeunesse, j'ai demandé à plusieurs personnes leur point de vue sur la question suivante. 

Comment ressentez-vous la "différence" ou "frontière" entre la littérature dite "jeunesse" et celle dite "pour adultes" ?

Auteurs et éditeur ont accepté de répondre à cette question ! Je remercie énormément Cat Clarke, Cathy Ytak, Clémentine Beauvais, Florence Hinckel et Tibo Bérard. Voici donc leurs réponses, par ordre alphabétique de prénom car je ne souhaite pas les classer. (Retrouvez aussi en cliquant ici les résultats du sondage sur la littérature jeunesse et les blogueurs.) 

Et vous, que pensez vous de cette "frontière" ?

La réponse de Cat Clarke, auteure de Revanche et A Kiss In The Dark (entre autres)

In English: For me the difference between a book for children and young adults, and one for adults, is the point of view. An adult book can have a child main character, but usually the action is being narrated from a point in the future, when the child has grown up. There is also usually a certain sense of 'knowing' to the point of view. Another common difference is that children's and YA books have to move at a faster pace. The reader has less patience for a slow build-up, or for pages and pages of description. Of course, there are always exceptions, and rules are made to be broken!

En Français : Pour moi, la différence entre un roman jeunesse, young-adult ou bien un pour adultes, est le point de vue. Un roman pour adultes peut avoir un enfant en personnage principal, mais l'action est souvent narrée d'un point de vue futur, quand l'enfant a grandi. Il y a aussi une certaine impression de "complicité" avec le narrateur. Une autre différence est que les livres jeunesse et YA se doivent d'avoir un rythme plus soutenu. Le lecteur a moins de patience pour une intrigue lentement construite ou bien pour des pages et des pages de descriptions. Bien évidemment il y a toujours des exceptions et les règles sont faites pour être contournées !

La réponse de Cathy Ytak, auteure de Pas Couché et 50 minutes avec toi (entre autres)

Pour moi, il y a deux choses assez différentes.
La littérature vraiment "jeunesse" (qui s'adresse à des enfants jusqu'à douze, treize ans environ), et la littérature ados (qui est néanmoins toujours étiqueté "Jeunesse").
La frontière est très floue entre littérature pour ados et littérature pour adultes, et ce sont les éditeurs qui la font.
Pour moi, cette frontière n'existe pas. J'écris exactement de la même manière pour des ados et pour des adultes…

Alors, donc... la différence entre la littérature jeunesse (moins de 13 ans environ) et la littérature adulte :
Il y a, je pense, de la part du grand public, une vraie méconnaissance de cette littérature, et encore beaucoup de condescendance (voire un peu de mépris !).
On entend parfois dire "c'est facile d'écrire pour les enfants"… Or je pense que c'est le contraire. Cela demande beaucoup de rigueur et d'attention. Et, non, ce n'est pas "facile".
Il y a dans la littérature jeunesse de vrais trésors qui peuvent entraîner les adultes très loin...

La couverture médiatique de la littérature jeunesse est aussi très réduite, par rapport à la littérature adulte. Pas de magazines grand public sur la littérature jeunesse, par exemple. Quelques rares émissions de radio, pas d'émissions de télévision…
La littérature jeunesse est le secteur littéraire qui marche le mieux… et c'est celui dont on parle moins !
Le seul point positif de ce désintérêt de la presse en général pour la littérature jeunesse, c'est qu'elle est, de fait, moins soumise à des effets de mode.

La réponse de Clémentine Beauvais, auteure de Les Petites Reines (entre autres)

Personnellement, je trouve qu'il y a une frontière assez intéressante, et qui n'a pas toujours existé, entre littérature 'pour enfants' et pour adultes. Cette frontière, c'est celle d'un certain absolu ou d'un certain sens de la nécessité ou de l'universel. En littérature adulte, on a abandonné depuis la deuxième moitié du 20e siècle le sens de l'absolu qui habitait le roman depuis sa création (au 17e siècle). Le roman adulte contemporain est marqué par une sorte de relativisme, il y a peu de discussions de valeurs, d'universels, de questions de vie et de mort. Il y est beaucoup question de considérations personnelles et psychologiques d'individus. Le roman jeunesse, au contraire, présente des situations empreintes d'un vrai sens de l'absolu. Il est question souvent de conflits très importants, d'amour fou, de mort et de force d'existence, de valeurs qui existent au delà des individus. Je pense que c'est aussi ce qui explique qu'un certain nombre de livres qui auraient autrefois été publiés en adulte (en 'normal', en fait), sont publiés en jeunesse. C'est quand ils transmettent cette impression d'absolu, de 'grandes questions'.

La réponse de Florence Hinckel, auteure de L'été où je suis né, Quatre Filles et Quatre Garçons, #Bleue et U4 : Yannis (entre autres)

Vaste débat, chère Clèm ! Dans la littérature pour la jeunesse, il faut distinguer les romans à destination des enfants et ceux à destination des adolescents. Dans les premiers, il y a une attention particulière au langage pour qu'il soit accessible à des premiers lecteurs (avec quand même quelques mots à chercher dans le dico !), il faut aussi veiller à ne pas trop tordre la linéarité de l'histoire, qui les perdrait. Pour les ados ou les jeunes adultes, on est totalement libres dans ces domaines-là. Et du coup la frontière avec la littérature dite générale est très floue, voire elle n'a aucune raison d'être, la plupart du temps ! On peut juste relever cette constante : souvent les héros sont des ados ou des jeunes adultes. Et les genres dits mineurs en littérature générale sont très bien représentés en jeunesse et appréciés à la même hauteur que les récits "plus nobles" proches de la littérature blanche : SF, fantastique, policier. La liberté est beaucoup plus grande pour l'écrivain, et le choix plus vaste pour le lecteur ! Sinon, un bon roman, qu'il soit publié en jeunesse ou en litté générale (qui ne sont peut-être que des sectorisations marketing), c'est un roman universel, qui peut plaire à tous les âges.

La réponse de Tibo Bérard, éditeur chez Sarbacane, directeur des collections Pépix et Exprim (retranscription d'un appel téléphonique)

Il y a deux réponses différentes en fonction des collections dont je m'occupe.

Il y a la collection Pépix, pour des romans d'enfance, qui a un lectorat clairement ciblé : les 8-12 ans. C'est vraiment autre chose que la littérature adulte. Celle-ci est pensée pour les enfants et on se concentre sur les deux dynamiques de la collection : l'humour et l'aventure. On propose donc des romans pensés pour cet âge là. C'est un petit peu sur des critères de difficulté, d'accessibilité de lecture. Si on s'adresse aux enfants, on fait attention de proposer des structures syntaxiques riches mais accessibles à tous. Nous sommes là pour accompagner un enfant qui commence à lire tout seul, à 7-8 ans, et qui devient vraiment autonome à 9-10 ans. J'aime bien l'idée de ne pas les prendre pour des idiots. Il y a plein de choses différentes : des propositions subordonnées, des inversions de sujet, des phrases nominales... Dans ces propositions de romans d'enfance, est-ce qu'on s'interdit des sujets, ce n'est pas vraiment le mot. C'est plutôt qu'il y a des sujets qui ne concernent pas encore les enfants, ou du moins des façons de les traiter qui ne les concernent pas encore. Par exemple, on va faire un Pépix prochainement, qui parle de la situation des migrants. On peut donc leur parler de tout, mais faire le récit d'un corps déchiqueté ça n'a pas beaucoup d'intérêt pour un enfant. Donc pour toute cette sphère là, lorsqu'on est dans le roman d'enfance, il y a des différences avec la littérature adulte assez marquées. On se concentre sur le plaisir de la narration, on fait quand même un travail d'accessibilité au texte, question qui ne se pose pas trop en littérature générale. Encore que, quand on voit certains gros succès de librairie... D'ailleurs, Marc Levy le dit, il travaille à clarifier ses phrases le plus possible. En revanche même dans le cadre d'une littérature jeunesse pensée comme ça, je ne vois pas pourquoi elle serait hiérarchisée. Je ne vois pas pourquoi elle serait en dessous de la littérature générale. Ces romans là d'enfance sont plus joyeux, plus faciles d'accès, souvent plus courts, mais ça ne veut pas dire qu'ils sont moins bons. C'est aussi le fruit d'un travail littéraire.

En revanche quand on parle de roman ado-adulte, c'est une toute autre question. Très clairement, pour moi il n'y a pas de différence de niveau de lecture ou encore d'ambition littéraire. Je trouve que les romans que je publie dans ma collection rivalisent sans aucun problème avec les romans qui peuvent paraître lors de la rentrée littéraire française. La différence si elle se fait, n'est donc pas là. En fait, elle ne se fait pas sur le public. Personnellement, je ne parle pas de romans ados ni de romans jeunes adultes, je parle de romans ados-adultes. Il s'agit de romans qui touchent autant les adultes que les ados. Ce qu'il y a c'est une attention portée à l'énergie de l'adolescence. La différence pour moi est une question d'énergie, de rythme narratif. Il y a souvent des romans qui sont plus tournés vers la narration "à l'Américaine", c'est à dire qu'on fait passer la narration en premier lieu et on en dégage un propos problématique ou des thématiques en deuxième lieu. Au contraire, la littérature classique française a plutôt tendance à faire l'inverse, à être une littérature cérébrale qui part d'un thème en mettant en jeu, pour l'exploration de ce thème, un style. Et la narration vient en troisième plan. Par exemple "Réparer les vivants" (Maylis de Kerangal) est typique : thématique centrale, un style déployé autour de cette thématique et ensuite en dernier plan une intrigue qui ne tient pas sur grand chose. Côté ado-adulte, on va plus privilégier des récits forts, des personnages, des scènes dialoguées, un sens de la narration, un enjeu narratif. À mon sens le style vient en deuxième lieu et le sujet en dernier. Ça se joue surtout là, c'est-à-dire quelque chose d'assez décomplexé par rapport au propos. Je pense que c'est une littérature qui se veut moins cérébrale, plus créative et récréative. Mais qui pourrait très très bien atterrir sur les tables de littérature générale. Il n'y a aucun inconvénient à ce que ça se fasse, si ce n'est que je trouve que c'est bien de marquer l'attention portée aux jeunes. De toute façon, c'est une approche qui est aussi commerciale. « Soit on entre dans les livres par la littérature générale, soit on rentre par l'ado-adulte parce qu'on estime que c'est plus fun, pour le dire simplement. C'est souvent plus joyeux, plus festif et je trouve que c'est un genre qui s'offre plus de libertés dans la narration.

dimanche 17 avril 2016

Concours d'écriture 2016

Bonjour chers lecteurs !

Le mois dernier, le blog a fêté ses quatre ans. À cette occasion, j'ai décidé d'organiser le troisième concours d'écriture depuis sa création en mars 2012... 


Votre réveil sonne. Un matin des plus ordinaires. Mais pourtant, vous vous sentez plus jeune. Cela fait même longtemps que vous n'aviez pas entendu ce réveil... 

Que feriez-vous si vous vous réveilliez quatre ans en arrière, pour une journée ?


Les éditions Sarbacane s'associent au blog pour ce concours et ont accepté d'offrir au gagnant un livre, au choix. En voici quelques uns, pour vous donner une idée ! Cliquez sur les couvertures pour lire mes articles...

       

Tous de très bons livres, que je ne peux que vous conseiller !

Comment participer ?

- Écrivez votre texte, correspondant au thème expliqué plus haut. Que feriez-vous si vous vous réveilliez quatre ans en arrière, pour une journée ? Pour les quatre ans du blog, revenons quelques années en arrière ! En dehors de cela, vous avez toutes les libertés dans ce que vous écrivez. Lâchez-vous !


- Votre texte devra faire entre 800 et 8 000 mots !

- Envoyez-le moi avant le 21 mai 23h59 à cette adresse : lesmondesdeclem[at]hotmail.fr (n'oubliez pas de remplacer [at] par @)

- Dans votre mail, précisez vos nom, prénom et âge.

- Les résultats seront annoncés en mai sur le blog et le gagnant sera contacté par mail. 

- N'hésitez pas à aller liker la page facebook du blog et à partager ce concours ! 

À vos crayons, je compte sur vous !

vendredi 15 avril 2016

Clin Tiswoud, Journal d'un menteur professionnel – Estelle Billon-Spagnol


« Salut toi ! Moi, c'est Chico - dit "Clin Tiswoud" - et j'ai une vie... compliquée.
SURTOUT depuis que Maman a décidé d'organiser un anniversaire surprise pour mes 10 ans !! Le truc, c'est que...
JE SUIS UN MENTEUR PROFESSIONNEL.
Je dis aux uns que mon père est pilote, aux autres que j'ai chassé le lion. Alors s'ils sont tous réunis, ils vont me démasquer. Et ça, c'est IM-POS-SI-BLE ! »

Qu'elle doit être difficile la vie de Corentin, Chico, Clin Tiswoud ! En tout cas, la semaine qu'il va devoir vivre, pour tenter d'annuler son anniversaire risque d'être un enfer. Déjà qu'avec trois petites soeurs triplettes, la vie ne doit pas être facile... (Ayant moi même trois petits frères, je sais de quoi je parle !) Chico a beau raconter sans arrêt des mensonges (ce n'est pas de sa faute, c'est plus fort que lui), il a promis de ne nous raconter que la vérité dans son journal. C'est parti pour une semaine compliquée... Entre « l'ABC infernal » (Alice, Béatrice et Clarice), devoir supporter Madame La Maîtresse La Chef, Le Chat qui pue de la bouche mais qu'il adore quand même parce que c'est SON chat, les films de western, les repas avec Mamie sur le toit et la belle Aurélia... La vie n'est d'ordinaire pas simple, alors quand il faut en plus annuler un anniversaire surprise !

Nous avons là un roman amusant et rafraichissant. Il est facile à lire, la narration de Chico est drôle et on se prend vite d'affection pour ce petit Cow-boy du Farouestte de (presque) dix ans. Toujours dans l'humour, un grand nombre de thèmes sont abordés et il existe différents niveaux de lecture. On peut aussi bien le lire à travers les yeux de Chico-Corentin-Clin Tiswoud, à la façon d'un roman d'aventure, ou bien avec un peu plus de recul, en plaignant sérieusement les parents et en comprenant bien plus d'éléments, pas toujours très amusants.


Accompagnant l'écriture extrêmement plaisante d'Estelle Billon-Spagnol, nous avons les illustrations d'Alice A. Morentorn. Elles offrent une véritable identité aux personnages, nous emportant encore un peu plus dans le monde de Chico. C'est agréable, c'est délirant, c'est joli (comme le livre en lui même, qui est superbe), et on en redemande.

Dès les premières pages nous sommes emportés avec ces personnages, si bien qu'il nous est difficile de les quitter une fois le mot fin arrivé... (Et Chico a lui aussi bien du mal à nous quitter !) Ce n'est que ma deuxième lecture de la collection Pepix, et ça m'a donné envie d'en découvrir de nouveaux. Je ne peux que vous conseiller cette petite bulle de bonheur, qui nous rappelle qu'il est important de mordre la vie à pleine dents et que l'aventure peut se trouver à chaque coin de rue !

Alors n'hésitez vraiment pas à découvrir Clin Tiswoud, les aventures (et surtout les malheurs) du plus grand Cow-boy menteur de la cour de récré. Un roman frais et des plus agréables, qui ravira les petits et les plus grands !