Les Mondes de Clèm

vendredi 24 février 2017

Zélie et moi & Moi et ma bande - Cathy Ytak & Thomas Scotto

 

Voici deux jolies histoires qui n'en forment qu'une : Moi et ma bande et Zélie et moi, respectivement écrites par Thomas Scotto et Cathy Ytak. En moins de vingt pages, nous découvrons deux personnages qui nous narrent une partie de leur vie. 

C'est ma deuxième lecture de la collection Boomerang des éditions du Rouergue, la première ayant été Le garçon des rives et Le garçon d'écume, des mêmes auteurs. Ces mini-romans, tout en douceur et en sensibilité, nous offrent deux points de vue complémentaires sur une même histoire. Pour changer de personnage, il suffit de retourner le livre ! 

En si peu de mots, les auteurs arrivent à peindre avec justesse ce que ressentent les deux enfants. Tout a trouvé écho en moi, j'aurais aimé que cela dure bien plus longtemps. Mais je pense que ces textes à la fois courts et puissants sont aussi ce qui font son charme à la collection Boomerang.

Je suis encore une fois tombée sous le charme de l'écriture de Cathy Ytak et Thomas Scotto. Foncez sans plus tarder si vous ne les connaissez pas encore. Ce sont des auteurs extraordinaires qui jouent avec les mots et nous offrent des textes d'une beauté extraordinaire. Et ça fait tellement de bien ! 

Vous pouvez d'ailleurs retrouver en cliquant ici ce que Cathy Ytak m'avait confié par rapport aux différences qu'elle ressentait entre la littérature "jeunesse" et celle "adulte". 

Six of Crows - Leigh Bardugo

 

– Article écrit par Alexia – 

            Six of crows – Six hors-la-loi, une quête impossible – est le premier tome d'une duologie écrite par Leigh Bardugo. Il a été publié en juillet 2015. Le tome 2 a quant à lui été publié en septembre 2016. Les livres de Leigh Bardugo ont été des bestsellers aux USA selon le New York Times donc cette duologie était extrêmement attendue.

            Kaz est un jeune voleur prodige. Appelé « Diryhands », tous les gangs de Ketternam le craignent. Motivé par l'argent, il va accepter la mission la plus périlleuse de sa vie : libérer un savant d'un endroit réputé inviolable, le Palais de Glace. Pour atteindre cet objectif, Kaz va réunir autour de lui une équipe de marginaux aux talents extraordinaires. Inej, espionne appelée « le Spectre », garde en elle les secrets de toute la ville. Jesper, amoureux du danger, vise toujours juste. Nina peut influer sur le corps humain et causer la mort d'un geste de la main. Matthias est tout juste évadé de prison et avide de vengeance. Enfin, Wylan, l'expert en explosif, vient compléter cet escadron.

            Quand j'ai eu ce livre entre les mains pour la première fois et que j'ai découvert les premières pages, j'étais aux anges. Pourquoi ? Parce qu'au début du bouquin, on trouve deux cartes magnifiques : une du monde imaginaire créé par Leigh Bardugo et une plus précise du Palais de Glace. Et j'adoooooooore les cartes au début des livres. Je partais donc avec un a priori très positif mais, pour être honnête, j'ai failli ne jamais aller au bout de ce livre. En fait, j'ai même failli m'arrêter au troisième chapitre. Cela aurait été une grosse erreur. La raison de cette envie d'abandon est précisément la raison pour laquelle je devais continuer de lire : la richesse de l'univers créé par l'auteure. En effet, on se retrouve dans une ville imaginaire, Ketterdam, avec ses quartiers, sa population de différentes origines, ses gangs et un panel de personnages impressionnant. Donc au début, c'est difficile à suivre. On appelle les personnages tantôt par leurs noms, tantôt par leurs prénoms donc il faut s'accrocher ! Mais au bout de quelques pages supplémentaires, une fois le cadre posé et tous les personnages présentés, on se laisse porter par cet univers complet et très riche. En faisant quelques recherches sur l'auteure, j'ai appris que tous ces livres se déroulent dans le même univers. Pas étonnant donc que celui-ci soit aussi réfléchi, évolué et complet.

            Mais qu'est-ce qui fait vraiment l'originalité de ce livre ? Eh bien, c'est le chapitrage. Je m'explique :  chaque chapitre est narré du point de vue de l'un des héros. C'est-à-dire qu'à chaque chapitre, on change de personnage, sans jamais revenir en arrière dans l'histoire globale. On en apprend donc plus sur l'histoire, le passé et la raison des actes de chacun des membres de l'escadron mené par Kaz. Chaque personnage est donc vraiment travaillé. Chacun a son caractère et ses faiblesses. Personne n'est ou méchant ou gentil, chaque personnalité est complexe. Du coup, chaque lecteur peut s'identifier à l'un des personnages facilement car ils sont tous très différents. Pourquoi Kaz boîte et surtout pourquoi porte-t-il toujours des gants ? Pourquoi Nina et Matthias, qui ont un passé commun, se détestent-ils autant ? Comment Inej et Jesper se sont-ils retrouvés à travailler pour un gang de Ketterdam, loin de leurs terres d'origine ?  Ce sont autant de questions qui trouvent des réponses dans les différents chapitres. Vous l'aurez compris, ce livre ne compte donc pas qu'un seul héros, contrairement à la très grande majorité des livres publiés aujourd'hui.

            Je me suis même amusée à compter les chapitres et, contrairement à ce qu'on pourrait penser au premier abord, ce n'est pas le point de vue de Kaz qui est le plus présent. En effet, il compte neuf chapitres, comme Nina et Jesper. Inej en compte onze et Matthias, six. Si vous avez tout suivi, vous avez peut-être remarqué que Wylan n'a aucun chapitre personnel. Dès l'apparition de ce personnage, il reste nimbé de mystère. Personne ne le connaissait avant la mission et il ne faisait pas partie d'un gang. A la fin du livre, on se rend compte que son passé a une grande importance, d'où la volonté de ne pas nous le révéler au cours de l'histoire je pense. 
 
            Selon The Hollywood Reporter, Six of Crows est « un mélange entre Ocean's 11 et Game of Thrones ». Et je suis tout à fait d'accord avec cette vision des choses : une équipe de super-voleurs qui évoluent sans aucun temps mort dans un environnement sombre et fantastique. Et je dois bien avouer qu'au final, il m'était impossible d'arrêter ma lecture. J'avais sans cesse envie de savoir la suite ! On devient vite addict.


            En conclusion, Six of Crows rejoint la liste de mes livres préférés ! C'est un petit chef d'oeuvre, impressionnant par sa richesse, ses détails et ses personnages travaillés. Je suis vraiment devenue fan de l'univers présenté par Leigh Bardugo et je n'ai maintenant qu'une hâte : lire le deuxième tome de la duologie Six of Crows et tous ses autres livres...

jeudi 23 février 2017

Textes croisés, morceaux de vies

Laure et Léa sont deux amies très proches. Elles se ressemblent beaucoup, se sont trouvées après le bac et ne se quittent plus depuis. 

Pourtant, l'une d'entre elles porte un lourd fardeau depuis toujours. 

Aujourd'hui, elles vous partagent deux textes où se mêlent fiction et réalité. Même s'ils ne gagneront probablement pas de prix Goncourt, Léa et Laure espèrent que leurs écrits vous plairont.

Lisez-les dans l'ordre que vous voulez, réagissez ou ne dites rien, partagez ou ne le faites pas, vous êtes libres de faire ce que vous voulez ! (Je vous demande pourtant une chose : ne copiez pas ces textes sans m'en parler.)


[Textes croisés] 21 - Laure

Laure et Léa sont deux amies très proches. Elles se ressemblent beaucoup, se sont trouvées après le bac et ne se quittent plus depuis. 
Pourtant, l'une d'entre elles porte un lourd fardeau depuis toujours. 
Aujourd'hui, elles vous partagent deux textes où se mêlent fiction et réalité. 
Lisez-les dans l'ordre que vous voulez, réagissez ou ne dites rien, partagez ou ne le faites pas, vous êtes libres de faire ce que vous voulez ! Je vous demande pourtant une chose : ne copiez pas ces textes sans m'en parler.

21

            Ma colloc et meilleure amie s'appelle Léa. C'est une des personnes les plus extraordinaires vivant sur cette planète. Aujourd'hui, c'est son vingt-et-unième anniversaire. Assise sur son lit et perdue dans ses pensées, je viens de l'entendre marmonner « Moi, je suis contre la démocratie... » Plutôt original pour commencer une journée comme celle-ci.

            – JOYEUX ANNIVERSAIRE ! lui hurlais-je, en entrant et sautant partout.

            Elle me remercie vaguement. C'est donc un mauvais jour. Un de ceux qui donnent envie de rester au chaud sous sa couette, avec des peluches et du chocolat, tout en regardant une bonne série. Un de ces jours où même le plus beau des soleils ne pourrait éclipser les nuages de nos coeurs. Léa connaît ça, peut-être plus souvent que la moyenne des gens dits « ordinaires ». Souvent, j'y pense.

            Faisons un petit jeu. Connaissez-vous la mucoviscidose ? C'est une maladie génétique rare qui rend le mucus visqueux, comme son nom l'indique. Connaissez-vous le nombre de personnes atteintes de cette maladie en France ? 6585 recensées en 2015, soit environ 90% des patients. Connaissez-vous l'âge moyen des personnes atteintes de mucoviscidose ? Non, finalement cette question n'est pas importante. Je doute énormément en ce moment mais il y a une chose dont je suis certaine ; la probabilité que cette putain de mucoviscidose tombe sur Léa était faible.

            Sur son lit, il y a Casting. C'est le léopard en peluche que je lui ai offert la semaine dernière, en tant que cadeau d'anniversaire en avance. Sur un coup de tête, nous sommes allées passer un casting de figuration pour le prochain film de Sandrine Kiberlain. Cette journée passée toutes les deux à idéaliser nos futures carrières dans le cinéma et à faire les magasins nous a remplies de souvenirs.

            Enfin, une carrière dans le cinéma... Comment imaginer un avenir, lorsque tu ne sais pas de quoi demain sera fait ? Grégory Lemarchal est mort à vingt-trois ans, en 2007, des suites de sa mucoviscidose. J'étais jeune mais je me rappelle avoir pensé que ce n'était pas grave, que de toute façon je ne l'aimais pas dans la Star Ac'. Outre mon raisonnement complètement enfantin et puéril, impossible de penser la même chose aujourd'hui. Vingt-trois ans, c'est seulement trente-six mois de plus que moi. Ce n'est pas la moitié de cinquante ans. Ce. N'est. Pas. Suffisant.

            Ce midi, comme chaque jeudi midi, nous retrouverons notre groupe d'amis au restaurant universitaire. Adrien sera là. Depuis plus d'un an, je n'arrive pas à le faire sortir de ma tête. Pourtant, il semble complètement désintéressé de moi... Mais mes problèmes sont futiles. Comment puis-je me plaindre de ce que j'ai ? Je suis en bonne santé, j'ai des amis géniaux et ma famille se prive financièrement pour que je puisse réussir mes études.

            Il suffit pourtant d'une goutte d'eau pour que tout déborde en moi. Que ce soit le manque cruel de réponses d'Adrien à mes messages ou un sms de Léa sortant de l'hôpital qui me dit que son état est pire que ce qu'elle ne pensait. C'était le cas la semaine dernière. Elle y retourne demain et j'ai un peu peur, comme toujours. Je ne peux m'empêcher de penser au pire. Elle me dit de ne pas m'inquiéter, que ça va s'arranger. J'aimerais la croire, mais il n'existe aucun traitement définitif à sa maladie. Tu nais avec, tu meurs avec. La vie parfois une emmerdeuse. Le problème est que tu dois faire avec. Impossible de lui rendre les claques qu'elle te met.

            Dans quelques minutes, nous allons retrouver nos amis, dans quelques minutes je devrai faire comme si de rien n'était. Nous allons fêter l'anniversaire de Léa, Adrien sera probablement assis en face de moi. Ne surtout pas penser qu'un anniversaire de plus est aussi une année de plus. Ne surtout pas penser qu'une année de plus, c'est beaucoup dans certaines vies. Ne surtout pas penser que certaines vies sont plus courtes que d'autres.

          – Allez debout, il est déjà midi et cette journée doit être magnifique !

         Hors de question de passer une journée d'anniversaire à se morfondre.

Laure

[Textes croisés] Double je - Léa

Laure et Léa sont deux amies très proches. Elles se ressemblent beaucoup, se sont trouvées après le bac et ne se quittent plus depuis. 
Pourtant, l'une d'entre elles porte un lourd fardeau depuis toujours. 
Aujourd'hui, elles vous partagent deux textes où se mêlent fiction et réalité. 
Lisez-les dans l'ordre que vous voulez, réagissez ou ne dites rien, partagez ou ne le faites pas, vous êtes libres de faire ce que vous voulez ! Je vous demande pourtant une chose : ne copiez pas ces textes sans m'en parler.

Double je

            Moi, je suis contre la démocratie. Mon coeur voudrait faire un coup d'état pour prendre le pouvoir. C'est vrai, pourquoi tout le monde devrait avoir le droit de s'exprimer ? Même les parasites, les virus ? Ceux-là nous pourrissent la vie et s'en donnent à coeur joie ! Je suis sûre qu'ils ont lu le livre « 150 idées pour emmerder le monde ».

          Ma colocataire, Laure, me tire de ma rêverie défaitiste et me hurle : 
          - JOYEUX ANNIVERSAIRE !
          - Merci, dis-je en souriant.
          - Allez debout, il est déjà midi et cette journée doit être magnifique !

            Quelques minutes plus tard, nous rejoignons nos amis au restaurant universitaire. Attablés autour d'un plat de pâtes banal, nous rions aux blagues des uns et commentons les histoires des autres.Nous parlons de frivolités et de partis politiques. Arts et démocratie. Mon coup de mou du matin me revient en pleine figure pendant que mes amis discutent. Qui, autour de cette table, a remarqué ma fatigue ? Qui a vu que mon sourire n'était qu'une façade ? Qui m'enverra un message de soutien demain ?

            Je décide d'arrêter de me morfondre et de profiter de l'instant. J'observe alors les personnes qui m'entourent avec leurs défauts et leurs qualités. Elena et Lilian, couple parfait ; Laure et Adrien qui se cherchent depuis longtemps sans réussir à se trouver ; Annie, énergique et exubérante ; Mathieu, le geek du groupe et Tim dont les activités obscures restent toujours un mystère pour nous. Que cachent-t-il au plus profond d'eux ?  A quoi ressemblent-ils dans les moments douloureux ? Oui, je sais, j'ai des réflexions beaucoup trop philosophiques le jour de mon anniversaire. En parlant d'anniversaire, à la fin du repas, nous décidons de nous retrouver en début de soirée afin de fêter l'événement un peu plus dignement.

            Le soir, réunis dans une petite chambre d'étudiant, nous chantons des tas de vieux tubes, des musiques de dessins animés et d'émissions de télé. Nous mangeons, buvons et racontons des tas d'anecdotes sur nos rencontres et les moments passés ensemble. Mais qui s'est déjà demandé pourquoi je ne buvais jamais d'alcool ? Qui a déjà essayé de comprendre ?


            Le lendemain matin, mon père vient me chercher et nous partons ensemble. Le contraste avec la journée de la veille est saisissant. Aujourd'hui, pas de rires, pas de sourires ni de chansons. J'observe alors les personnes qui m'entourent. Le couple en face de moi, uni dans les épreuves ; un homme et une femme, comme gênés d'être là mais ensemble malgré tout ; une jeune fille, dans un fauteuil roulant, qui dit des blagues à une infirmière ; un homme, allongé dans un lit avec un ordinateur et un autre, perdu dans ses pensées. Pourquoi sont-ils ici ? A quoi ressemblent-ils dans les moments de joie ?

            Et moi ? J'aimerais beaucoup savoir ce qu'ils pensent de moi. Une jeune femme désespérée qui s'accroche à son papa comme à une bouée de sauvetage, comme si c'était la dernière fois qu'elle voyait la lumière du jour peut-être.

            J'ai une soudaine prise de conscience.
            C'est ridicule.
          Certes, ma vie n'est pas rose tous les jours. Certes, je suis à l'hôpital. Certes, je suis malade. Oui, dans mon corps, c'est une lutte entre les microbes et mes défenses. Pour l'instant, les bactéries sont plus nombreuses, elles gagnent. Mais il suffit d'un traitement pour inverser la tendance et repartir sur le bon chemin. Ne donnons pas l'impression à la concurrence que j'abandonne la partie. J'ai envie que les gens reprennent espoir en me voyant. Mais je veux aussi voir les aspects positifs qui m'entourent : mes amis, ma famille...

            Moi, je suis contre la démocratie. C'est pour ça qu'à partir de maintenant, je décide de reprendre le contrôle de ma vie.

Léa

mercredi 22 juin 2016

Résultats du concours d'écriture 2016

En avril dernier j'ai lancé le troisième concours d'écriture du blog, pour ses quatre ans d'existence... Le thème était le suivant :


Votre réveil sonne. Un matin des plus ordinaires. Mais pourtant, vous vous sentez plus jeune. Cela fait même longtemps que vous n'aviez pas entendu ce réveil... 

Que feriez-vous si vous vous réveilliez quatre ans en arrière, pour une journée ?


C'est maintenant l'heure des résultats !

La gagnante est Léa, pour son texte loufoque et délirant "Une histoire sans fin... sans faim*" !
Elle remporte donc le roman de son choix des éditions Sarbacane.

Je souhaite remercier tous les participants pour leurs textes, j'aurais fait gagner tout le monde si ça avait été possible. Mention spéciale aux élèves de sixième de Mme Briand pour leurs participations. J'espère que ce concours vous aura permis de vous amuser ! Continuez à écrire !

Je vous laisse découvrir le texte de Léa, en espérant qu'il vous amuse autant que moi...

Un coup d’oeil vers le calendrier accroché au dessus de mon bureau me confirmait que le vieux avait réussi. Par je-ne-sais quelle magie, il avait réussi à me renvoyer 4 ans en arrière. 4 ans avant que tout ne commence. C’était notre seconde chance. L’ultime dernière chance pour changer le cours de choses et je n’avais que 24 heures pour le faire. Debout ! Je m’empresse de m’habiller – tiens, c’est vrai, je l’avais oublié ce t-shirt, je l’aimais tellement pourtant avec ses petites lettres noires qui disait « Expecto Patronum ! » - et je file dans la cuisine pour déjeuner : une longue journée m’attend.

Je croise mon petit frère dans le couloir, bon sang ce qu’il était mignon à cet âge là ! Je pouvais encore rigoler pendant des heures avec lui pour rien. Il faisait craquer toutes les mamies du quartier avec son sourire angélique, sa joie de vivre et son énergie. Ça me rendait presque jalouse tous ces bonbons qu’il récoltait juste parce que « Oh Mme Weasler, votre bout d’chou est tellement gentil ! ». Rien à voir avec l’adolescent déprimé de maintenant, ça c’est sûr. Mais comment lui en vouloir ? Est-ce que c’est de sa faute si le monde entier tire la gueule ? Et tout ça pour quoi ? Parce que ce fichu professeur Voldefoy s’est emparé de toutes les friandises du monde.
Le pire, c’est qu’on n’a rien vu venir. Ça a commencé par les bonbons au réglisse : petit à petit, ils ont disparu des magasins, des placards, des paquets multi-saveurs. Mais qui s’en souciait ? Personne n’aimait le réglisse de toute façon ! Puis ça a été au tour des bonbons aux fruits et des guimauves de disparaître… Je crois que c’est à partir de là que les gens ont commencé à se poser des questions. Les parents racontaient en riant à leurs enfants que les Petites Souris confisquaient les bonbons parce qu’elles en avaient assez de recueillir des dents en mauvaise santé. En réalité, ils s’inquiétaient. Certains repensaient au jour où un étrange personnage avait hacké tous les écrans du monde en même temps pour diffuser un teaser complètement absurde. Il racontait l’histoire d’un sorcier qui tenait son pouvoir des bonbons et comptait s’emparer de la Terre entière... Les journaux en avaient pas mal parlé à l’époque, je m’en souviens, les rumeurs disaient que c’était un échappé de l’asile qui avait fait le coup pour impressionner les gens. Personne n’avait pris son histoire au sérieux, et lorsqu’on s’est rendu compte que les bonbons disparaissaient comme dans la vidéo, il était déjà trop tard. Voldefoy était déjà bien trop puissant : son pouvoir s’amplifiait à chaque gourmandise qu’il subtilisait, alors autant vous dire que d’un simple battement de cil, il vous envoyait valser à l’autre bout de la pièce.

Des commandos spéciaux avaient vu le jour : on les appelait les « Siriusly ». Ils étaient plusieurs centaines à travers le monde, et s’étaient regroupés comme des résistants en suivant l’exemple de Sirius Bott, le premier qui avait osé se rebeller contre Voldefoy. Ce jour-là, je piquais une crise devant ma mère, dans le supermarché au bout de la rue. Ça faisait déjà plus de six mois que je lui réclamais des Jell Bell, mais elle refusait de m’en donner. J’avais pas encore capté que ce n’était pas parce qu’elle ne voulait pas, mais bien parce qu’il n’y en avait plus, j’étais jeune et naïve à l’époque – ouais, bon ok, j’avais quand même 15 ans passés – et ces petits bonbons me semblaient indispensables à ma croissance (l’adolescence vous savez, tout ça, tout ça…). J’étais donc en pleine crise hystérique en plein milieu du rayon légumes frais (pouvait pas tirer sa force des brocolis l’autre neuneu ? Ça aurait été plus sympa pour tout le monde), quand soudain, coupure de courant. Extinction des lumières. Noir total. Puis là, les écrans de publicités à chaque bout de rayons et au dessus des caisses se sont rallumés. On flippait tous de revoir le visage du pauvre fou avec son histoire de bonbecs, parce que mine de rien, maintenant, on en était tous persuadés que c’était lui l’investigateur de cette catastrophe alimentaire. Et il était bien là, en train de dévaliser l’usine de pâtes de fruits Crockdur. Seulement, cette fois, il avait l’air en mauvaise posture : un jeune homme – plutôt craquant soit dit en passant, et je dis pas ça à cause de ses fringues couverts de crackers au fromage (ça c’était plutôt étrange) – lui bloquait le passage vers la sortie. Les sorts du vieux fou n’atteignaient pas cet inconnu, d’une part parce qu’il maîtrisait un peu la magie blanche – c’est comme ça qu’il avait pris le contrôle des écrans, pour que les gens puissent voir la faiblesse de Voldefoy – et d’autre part, parce que ce petit génie avait compris que si le sucre le rendait puissant, le salé le rendrait faible ! (Pas besoin de me faire boire de l’Amortentia, j’suis déjà sous l’charme!)
À grands coups de chips et de saucisson, celui qui se présentera sous le nom de Sirius Bott était en train de faire fuir l’indésirable. Notre héros mondial avait réussi à affaiblir Voldefoy, au moins le temps d’un instant, et ainsi sauvé toute une cargaison de friandises. Cette petite victoire diffusée dans le monde entier avait permis d’insuffler une petite dose d’espoir à toutes les populations. Mais malgré les efforts des Siriusly, Voldefoy revenait toujours plus fort et en moins de quatre ans, avait dérobé tous les produits sucrés de la Terre : bonbons, pâtisseries, gâteaux en tous genres, fruits, miel …(Vous comprenez maintenant pourquoi tout le monde est blasé ? Essayez de vivre sans chocolat, vous verrez !) Avec son stock de sucreries, diriger la Terre n’était plus qu’une question de jours. La seule chance de l’arrêter, c’était de ne pas le laisser commencer.

Bref, dans cinq heures, un fou va hacker tous les écrans du monde, et le seul moyen de l’en empêcher c’est de lui retirer ses petits pouvoirs avant qu’ils ne deviennent trop puissants. Pour ça, il va falloir le saupoudrer de sel. Il faut vraiment que je réussisse cette journée…

lundi 6 juin 2016

Songe à la douceur – Clémentine Beauvais


Il y a des romans qui attendent des mois avant d'être ouverts et ceux qu'on ouvre dès les cinq premières minutes. Il y a des romans qu'on lit pour passer le temps et ceux qui nous happent alors qu'on devrait travailler. Il y a des romans normaux et il y a Songe à la douceur. Comment décrire une telle merveille ? Par quelle magie de simples mots sur des pages peuvent-ils nous faire ressentir autant d'émotions ? Je sors toute chamboulée de cette lecture, qui dépasse de loin presque tout ce que j'ai lu auparavant.

Eugène, Tatiana. Nous suivons leur histoire, découvrons leur passé. Ce qui s'est passé, ce qui n'a pas été fait et ce qu'il reste à faire. Leurs portraits se tissent au fil des pages et nous emportent dans un ouragan de sentiments. Même si j'ai tourné la dernière page il y a plus d'une heure, j'aurais envie de le recommencer. De plonger à nouveau entre ces pages, de me noyer dans des mots si magnifiquement choisis. Autant dans le fond que dans la forme, chaque page est une oeuvre d'art. Car le plus étonnant est qu'il s'agit d'un roman écrit en vers libres du début à la fin et avec une mise en page extraordinaire qui a dû demander beaucoup de travail. Je suis admirative. C'est original et on s'adapte très rapidement à cette lecture si particulière. Il y a une raison derrière la position de chaque mot et l'histoire n'en est qu'enrichie.

J'aime cette histoire, ces personnages et cette manière de raconter. Merci Clémentine Beauvais pour ces minutes de bonheur passées en compagnie de Tatiana et Eugène. Malheureusement, les pages défilent à une vitesse folle. On aimerait qu'il en reste pour toujours, que la fin n'arrive jamais et qu'il y ait toujours de nouvelles surprises. Car cette histoire d'amour, aussi belle et déchirante soit-elle, nous réserve son lot d'étonnement. Dans ces moments, on reste accrochés aux phrases. Comme si sans elles, on ne pourrait pas continuer à respirer. C'est une nécessité : il nous faut savoir ce qui s'est passé, ce qui va se passer.

Il y a dans cette histoire tellement de moments qui m'ont donné une impression de déjà-vu. Pas le moins du monde par rapport à d'autres ouvrages, mais par rapport à la vraie vie. On sourit de ces ressemblances avec notre histoire personnelle, que la poésie des phrases sublime. Ces petits moments du quotidien qui sont capturés entre les pages et que l'on revit en même temps que les personnages. J'adore.

Il y aurait tellement de choses à ajouter, mais pour vous rendre compte de la vraie beauté de Songe à la douceur, rien ne vaut le fait que vous le lisiez. Découvrez par vous-mêmes ce roman extraordinaire, qui ne pourra pas vous laisser indifférents. Je souhaite de tout mon coeur que vous l'aimiez autant que moi.

Songe à la douceur sortira en août prochain, vous pourrez en savoir un peu plus sur le site web de Clémentine Beauvais ou sur la page facebook des éditions Sarbacane